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Olivier, quel bilan tirez-vous de ce Mondial à Austin aux Etats-Unis ?
Olivier MORET : Cette sixième place est plutôt positive. En effet c’est une place de mieux qu’en 2009. Maintenant, on peut nourrir quelques regrets car les écarts avec le Japon et les Samoa ne sont pas si énormes. Sur le papier nous étions donnés largement perdants par les gens qui connaissent le foot, mais sur le terrain nous avons serré le jeu et prouvé que l’écart avec les grosses nations comme le Japon se réduit.
Le résultat du match contre la Suède montre aussi que nous avons franchi un cap avec cette équipe. Nous les avions battus après une lutte très âpre l’an dernier aux championnats d’Europe. Cette année, nous les avons asphyxiés et avions toutes les réponses aux problèmes tactiques qu’ils pouvaient nous poser.
Comment avez-vous trouvé le niveau de cette compétition ?
O.M. : Le niveau est globalement supérieur. Le Canada avec sa victoire en finale prouve qu’en mettant les moyens, ils peuvent rivaliser avec les Etats-Unis. A ce titre, la victoire de l’équipe de Team Monde en janvier dernier, largement pourvue de joueurs canadiens, avait déjà été annonciatrice d’un rapprochement entre les Etats-Unis et le reste du monde. Les Samoa ont prouvé qu’ils vont jouer un rôle dans les compétitions futures. Pour rappel cette île fournit plus de 30 joueurs en NFL et des centaines de joueurs en NCAA. L’Autriche a aussi effectué un excellent championnat même si elle a bénéficié d’un tirage favorable avec un premier match contre la Panama qui l’a placé dans le haut du tableau. Sa défaite 7-0 contre le Japon prouve aussi que les nations européennes progressent, même si le Japon lors de ce match jouait avec son troisième QB.
Afin de bien faire comprendre à tous, et notamment à tous les « experts anonymes en critiques », le niveau d’une coupe du monde moins de 19 ans est supérieur à beaucoup de match élite sur la vitesse et l’intensité des contacts.
Y a-t-il des joueurs qui se sont révélés sur la compétition ?
O.M. : Les 45 joueurs sélectionnés sont pour nous les meilleurs joueurs français. Ce sont tous de très bons joueurs et nous attendons qu’ils le prouvent à chaque stage, lors de tous les matchs. Ils ont relevé le défi et ont réussi à jouer à un niveau nettement supérieur à celui du championnat de France junior.
Suite à la deuxième mi-temps face au Japon et au match face aux Samoa Américains, nous pouvons dire que les bleus ont passé un cap et se rapprochent petit à petit du niveau de jeu des meilleures nations. Dans quels domaines, allez-vous maintenant vous concentrer pour pouvoir lutter face aux meilleures équipes lors des prochaines compétitions internationales ?
O.M. : En gros, la problématique qui nous est posée est : Comment faire monter le niveau des joueurs de l’équipe de France en ne les ayant que 15 jours en stage ???
Nous avons quelques réponses sur l’efficacité de notre travail en tant que staff. Nous allons notamment développer quelques pistes sur le travail de vidéo à distance.
Nous avons aussi commencé un travail de préparation mentale que nous évaluons en ce moment.
L’équipe de France junior 2012 se rapproche physiquement des standards internationaux. Nos joueurs sont plus gros, plus vite et plus forts même si nous sommes encore en retrait des meilleurs. Sur ce facteur, je pense que tout le monde a compris qu’il n’était plus possible d’intégrer l’équipe nationale sans avoir un certain niveau de préparation physique.
Sur le fond, il est nécessaire que les meilleurs joueurs juniors évoluent au meilleur niveau possible, c’est à dire dans la catégorie senior de leur club et si possible en élite.
Beaucoup de clubs se cachent derrière un pseudo manque de maturité pour justifier le fait de ne pas faire joueur ces joueurs en senior. Or ce sont les mêmes personnes qui regardent la NCAA et qui s’ébahissent devant les performances de joueurs de 19-20 ans.
Les joueurs ne progressent que dans un contexte qui les amène à plus s’entraîner, à travailler plus fort, plus vite. Les juniors qui sortent de ce championnat du monde pourraient tous évoluer en élite. L’équipe de France sera donc encore meilleure quand ces joueurs évolueront au plus haut-niveau possible. C’est d’ailleurs ce qui se passe chez nos voisins autrichiens où le meilleur porteur de ballon européen est starter au Swarco Raiders.
Enfin, dernier élément de notre constat, les joueurs qui évoluent dans les pôles et qui s’entraînent régulièrement contre des seniors se sont montrés plus rapidement à leur avantage lors de ce championnat.
On sait donc comment faire, maintenant il s’agit d’expliquer et de convaincre les dirigeants et entraîneurs des clubs.
Y-a-t-il prochainement des rencontres amicales de prévu ?
O.M. : Oui. Nous avons un match avec une nouvelle équipe de France junior qui préparera le prochain championnat d’Europe le 30 mars contre un High School américain en France. Ce match aura lieu dans la région parisienne. C’est en multipliant ce type de rencontres que nos joueurs s’aguerriront à la vitesse d’exécution et à l’intensité des contacts.
Quelle est la prochaine échéance internationale pour cette équipe de France Junior ?
O.M. : Le championnat d’Europe junior. Nous ne connaissons pas encore définitivement la date de cette compétition car les combats juridiques actuels entre l’EFAF et l’IFAF remettent en cause le calendrier d’origine qui avait planifié cette compétition lors de l’été 2013 en Russie.
Un petit mot à ajouter ?
O.M. : Je rappelle que les stages des équipes de France juniors sont ouverts aux entraîneurs de France. On ne peut pas dire que nous ayons été « dérangés » depuis que j’en suis membre, c’est-à-dire 1998.
Je rappelle aussi qu’à part les membres des staffs nationaux seniors et juniors, nous avons décompté une quinzaine d’entraîneurs des clubs présents lors des deux derniers clinics organisés par la FFFA (à l’INSEP et à Amiens).
La hausse du niveau de l’équipe de France dépend aussi du niveau de nos entraîneurs français. Nous devons toujours continuer de nous former tout au long de notre carrière, que nous soyons professionnels ou bénévoles. Nous travaillons à la construction d’une plate-forme qui va révolutionner notre mode de formation. J’espère que cela « re motivera » la masse des entraîneurs français qui a largement déserté les formations fédérales depuis plusieurs années.
J’en profite pour remercier et saluer le staff de l’équipe de France junior (entraîneurs, manager, staff médical) qui rassemble des personnes passionnées de football américain, affamées de performance et qui ne comptent pas leur temps de travail en plus d’être ultra compétents. C’est un privilège de travailler avec eux et ce fut encore une belle aventure humaine.

